"Du domaine des Murmures", de Carole Martinez

L’ombre qui parle

Adorée par son père, convoitée par l’écœurant Lothaire, la jeune Esclarmonde aurait pu glisser dans la soumission à l’autorité masculine, ordinaire en ce XIIème siècle finissant.

Toutefois, un amour plus ardent que celui qu’elle porte à son père la dresse contre lui. En pleine cérémonie des noces, elle ose un refus catégorique assorti d’une blessure qu’elle s’inflige à elle-même, le sang répandu intimant à tous, prétendant, père, assemblée, l’ordre de se taire et d’accepter son vœu profond : se retirer du monde et s’offrir à Dieu.

Plein de haine et de rancœur, le châtelain des Murmures se détourne de sa fille mais accepte que soit édifiée, dans l’enceinte du domaine, une chapelle à laquelle sera adossé un réduit consacré à la future recluse.

La veille d’être emmurée, Esclarmonde est brutalement confrontée à une violence dont elle ne percevait auparavant que des échos lointains.

Elle entrera dans son tombeau en ignorant combien, même là, la solitude tant souhaitée sera supplantée par la vie.

Le pouvoir évocateur que l’auteur insuffle à ce second roman nous enchante à nouveau et nous plonge dans ce monde médiéval caractérisé par l’exigence du Bien et l’attrait du Mal.

MARTINEZ Carole, Du domaine des Murmures, Gallimard, 2011

B.M.