Roman

"La police des fleurs, des arbres et des forêts", de Romain Puertolas.

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Dès le début de cet étrange roman - dont on ne sait vraiment comment le qualifier -, le narrateur nous met en garde : lecteur, tu liras ces pages, tu arriveras à la fin et là, paf ! tu auras le souffle coupé ! Pourtant, je te préviens dès le départ : cette fin stupéfiante, j’en pose les bases dès les premières pages. Mais tu vas te faire avoir !

« - Parce que je vais vous raconter une histoire policière pas comme les autres.
- Vous voulez dire sans meurtre, sans suspects et sans policier qui cherche le coupable ?
- Si, il y a bien tout cela.
- Alors, en quoi votre histoire n’est-elle pas comme les autres ?
- Eh bien, la découverte du coupable n’est pas… disons… le plus important. »

Déconcertante ouverture ! Mais non, se dit-on, moi, je serai plus malin et je ne serai pas pris au piège ! Puis, le récit se déroule…

Si la mise en garde initiale est déroutante, la suite l’est tout autant. Jugez-en. Le roman est bâti sur différents plans, chacun s’avérant intéressant, parfois cocasse, et entortillant l’enquête.

Le récit est essentiellement épistolaire : l’inspecteur dépêché à P., un trou perdu, est contraint de communiquer par lettres avec la procureur de la République de M. car durant la journée, un violent orage a perturbé les lignes téléphoniques. Nous sommes en 1961 et la canicule sévit.
Aux réponses de la procureur, moins nombreuses que les courriers de l’inspecteur, s’ajoutent les lettres, savoureuses d’ailleurs, du garde-champêtre Provincio devenu l’adjoint du policier. Il faut encore considérer quelques mystérieuses lettres d’amour anonymes et les transcriptions commentées des enregistrements sonores réalisés par l’enquêteur sur un magnétophone portable à bandes magnétiques. Celui-ci est savamment masqué lors des auditions et a la fâcheuse habitude d’arrêter l’enregistrement au beau milieu des entretiens, nécessitant de remplacer la bande. Petit tour aux toilettes pour opérer en toute discrétion.

Au travers de ces différentes formes, toutes aussi plaisantes, la tension s’installe car, enfin, il y a bien eu meurtre, et un meurtre horrible puisque Joël, la victime « très aimée », a pourtant été démembré et emballé dans huit sacs en papier !

Dans les sacs, celui qui fait office de médecin légiste identifie des résidus d’une fleur rouge à pointe jaune, la Gaillardia clemens. Dénicher le lieu mystérieux où elle pousse permettrait sans doute d’identifier le meurtrier.

Ce roman policier atypique déroule ses méandres de manière fort originale et le lecteur, pris au jeu, en oublie l’avertissement initial. Mais quand bien même il s’en souviendrait…

PUERTOLAS Romain, La police des fleurs, des arbres et des forêts, Albin Michel, 2019

B.M.

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