Roman

"Nickel boys", de Colson Whitehead

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« Lorsque le cimetière clandestin fut découvert, Elwood sut qu’il serait obligé d’y retourner. Le bosquet de cèdres au-dessus de l’épaule du journaliste à la télé raviva la chaleur sur sa peau, le chant strident des cigales. Ce n’était pas si loin. Ça ne le serait jamais. »

Colson Whitehead poursuit son exploration de l’envers du rêve américain (un rêve blanc, cela s’entend !).

1960, en Floride.
Elwood Curtis est un brillant lycéen noir destiné à un avenir universitaire et épris du message de non-violence et de paix que brandit le pasteur King.
À la suite d’une erreur judiciaire - inutile d’insister sur la légèreté des « méfaits » qu’on pouvait imputer à un Noir ! - Elwood est envoyé en maison de redressement.
À la Nickel Academy, le sous-directeur Spencer règne en maître malfaisant et tout-puissant. « Son uniforme bleu nuit trahissait un caractère maniaque ; chaque pli semblait assez net pour être tranchant, faisant de lui une lame ambulante. »
Elwood et son nouvel ami Turner apprennent à survivre dans cet enfer, en évitant tout incident susceptible de les mener à la Maison-Blanche dont la réputation sulfureuse fait blêmir les plus rebelles.

Nous retrouvons l’humanisme profond et le sens de la mesure qui caractérisaient déjà Underground Railroad (publié en 2017 et également récompensé du prix Pulitzer). À aucun moment l’auteur ne s’appesantit sur l’horreur des conditions de vie de ces gamins perdus ; jamais il n’en souligne la brutalité ! Il préfère suggérer et procéder par ellipses, possédant cet art admirable de raconter des événements d’une rare violence sans sombrer dans le pathos.

Ainsi le lecteur glisse-t-il sur des eaux relativement « tranquilles » sans cesser un instant d’en pressentir l’horreur sous-jacente. Peu à peu, cependant, l’angoisse lui serre le ventre.

Ajoutons que le récit est superbement construit : des sauts temporels nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Atterrés par cet univers de racisme et de mépris institutionnalisé, nous refermons le roman en ayant bien conscience que les États-Unis et les Noirs ont un lourd, très lourd contentieux.

Colson Whitehead dépeint avec maîtrise un micro-univers qui n’est que le reflet du ségrégationnisme ambiant des années soixante dans les états du Sud. Que le lecteur ne s’y trompe pas ! Si ce récit est bien une fiction, la Nickel Academy est la copie d’une institution, bien réelle celle-là, qui a cessé de fonctionner en 2011 et dont les agissements n’ont été révélés qu’en 2012 !

WHITEHEAD Colson, Nickel boys, Albin Michel, 2020

B.M.

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