Roman

"Un moindre mal", de Joe Flanagan

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Première œuvre de Joe Flanagan, Un moindre mal est un roman noir réussi.
L’intrigue est dure, incontestablement, mais l’auteur n’affiche aucune complaisance pour la violence ou la cruauté.

Dans les années 50, Cap Cod abrite une petite communauté paisible. Un meurtre et viol d’enfant détruit cette quiétude et ébranle les habitants ainsi que les policiers. Affecté à l’enquête, le lieutenant William Warren subit des pressions à la mesure de l’effroi généré par la répétition des meurtres, car bien vite d’autres viols et assassinats auront lieu.

« Le petit garçon de neuf ans était Stanley Lefgren, qui vivait à huit cent mètres de la plage. Warren passa une heure éprouvante avec la famille après la découverte du corps. La mère était incapable de parler. Elle resta enfermée dans une chambre avec les trois frères et sœur du garçon. A intervalles réguliers, des cris parvenaient à Warren, assis sous le porche avec le père qui s’exprimait au milieu de larmes abondantes, comme un drogué. »

Si l’enquête ne lâche pas le lecteur, ce dernier est tout autant captivé par la personnalité positive, mais crispée, de Warren et par sa relation avec son fils, Mike. Enfant attardé et attachant, Little Mike est régulièrement tourmenté par ses condisciples jusqu’au jour où son père l’emmène dans une institution spécialisée. La relation entre le père et le fils fonde l’intrigue au même titre que la recherche du meurtrier.

« Little Mike avait les capacités mentales d’un enfant de trois ans. Il était totalement incapable de dissimuler ce qui le distinguait et invitait à abuser de lui. Il semblait indifférent aux humiliations dont il souffrait régulièrement, plus inquiet, semblait-il, de l’effet qu’elles produisaient sur son père. (…)
C’était cette stupidité absolue, innocente, que Warren trouvait dévastatrice. Ça, et la troublante perspicacité d’un garçon si diminué. Comme si, après chaque incident, il devait auditionner pour obtenir l’approbation de son père, s’assurer qu’il la méritait toujours (…). »

D’autres personnages touchants ou ambigus - et parfois les deux étiquettes s’associent ! - peuplent le roman, certains marqués par la souffrance. Toute la question étant de savoir jusqu’où cette souffrance a pu les conduire… D’autres encore ont des habitudes dérangeantes qui pourraient constituer le ferment de nombreuses perversités ! Ainsi le père Boyle, persuadé d’être « arrivé au bout de sa foi », cherchant à faire le bien, « avec toutefois l’impression d’être un charlatan et un imposteur » et tourmenté par un événement récent qui s’est déroulé près du marais incriminé ; ainsi Stasiak, un flic d’État aux méthodes préoccupantes, personnalité brutale et en acier ; ainsi encore les collègues de Warren, auxquels il n’est pas certain que le lieutenant puisse faire confiance car la corruption règne en maître.

L’intrigue, particulièrement complexe et tortueuse, s’apparente à un puzzle car chaque pièce, même la plus minuscule, occupe une position stratégique. Rien de gratuit, donc, mais l’éclairage utilisé, les trompe-l’œil et les jeux de miroirs égarent le lecteur ; celui-ci essaie à chaque fois de s’accrocher à une évidence qui rapidement se défait.

Un vrai roman noir, dont la rédemption n’est cependant pas absente.

FLANAGAN Joe, Un moindre mal, Gallmeister, 2017

B.M.

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